Dans la tradition yogique, Shiva est vénéré non seulement comme un dieu, incarnation de l'immobilité et de la conscience infinies, mais aussi comme le premier gourou. Bien avant les méthodes, les écritures ou les lignées, il y avait Shiva : silencieux, rayonnant, immobile. Il est connu sous le nom d'Adi Guru, le maître originel, non pas parce qu'il donnait des instructions, mais parce que sa seule présence éveillait la vérité. Son enseignement n'était pas intellectuel. Il était énergétique. Il ne renvoyait pas à des croyances, mais à l'Être.

Il existe une image issue du yoga ancien dans laquelle Shiva est assis dans un immobilité parfaite sous un arbre. Autour de lui se trouvent des sages — vieux, savants, puissants. Mais Shiva, le plus jeune d'entre eux, enseigne sans dire un mot. Son silence est plus éloquent que n'importe quelle écriture.

Cette forme de Shiva est connue sous le nom de Dakshinamurti, le maître primordial, celui qui éveille la vérité non par l'explication, mais par sa présence. Il ne guide pas, ne corrige pas, n'explique pas. Il rayonne. Et cela suffit.

C'est exactement ce que devient le Reiki dans son essence la plus profonde. Ce n'est pas quelque chose que vous faites, ni une méthode pour aider, guérir ou diriger, mais quelque chose que vous êtes. Lorsque vous abandonnez le besoin d'agir, de réparer ou d'avoir une intention, le Reiki se révèle comme un état d'être, déjà complet.

Le piège de celui qui fait

Dans le yoga, mais aussi dans la vie quotidienne, il existe un concept auquel nous faisons souvent allusion : le karma. Il signifie « action » - pas seulement ce que vous faites, mais ce qui vous colle à la peau lorsque vous pensez que c'est vous qui le faites. Chaque fois que nous agissons avec une intention personnelle - même bonne - cela laisse une trace subtile. Un sentiment de « j'ai fait cela » ou « c'est mon énergie ».

C'est là que commence l'illusion, ce que les yogis appellent Māyā. Māyā est la tendance à interférer, à contrôler, à gérer les résultats. C'est l'ego spirituel qui veut faire le bien et être bon, mais qui est toujours prisonnier de la séparation.

C'est pourquoi, dans la pratique approfondie du Reiki, nous passons de « faire du Reiki » à « être Reiki ». Nous cessons de diriger l'énergie. Nous cessons d'essayer de guérir. Nous nous asseyons. Nous respirons. Nous écoutons. Nous nous vidons, et quelque chose de bien plus grand commence à circuler à travers nous.

Même les « saints » sont encore liés (jusqu'à ce qu'ils ne le soient plus)

Dans les cercles spirituels, nous admirons souvent les « saints », ces figures calmes, gentilles et rayonnantes. Mais dans la perspective yogique, même les saints, s'ils agissent encore à partir d'un sentiment du soi, sont toujours liés. Ils continuent à produire du karma. Ils sont toujours pris dans le cycle de l'effort et du résultat. Ils s'enferment toujours dans le cycle éternel de la naissance et de la mort.

La différence apparaît lorsqu'il n'y a plus personne qui agit. Le corps peut bouger, les mains peuvent se poser sur quelqu'un qui en a besoin, le souffle peut circuler, mais il n'y a personne derrière tout cela. Il n'y a plus de « moi » pour s'approprier l'instant présent.

C'est l'espace auquel Shiva fait référence, et c'est le même espace auquel la pratique profonde du Reiki donne accès, le même espace auquel le Siddha Maha Yoga permet d'accéder grâce à la Shaktipat Deeksha. 

Vous ne guérissez pas, vous vous dissolvez

Lorsque le Reiki circule librement, sans intention, sans interférence, sans attente, il devient quelque chose de complètement différent :

Ce n'est pas une technique de guérison, mais un chemin de désapprentissage,

Un lâcher-prise de toutes les couches qui pensaient devoir faire quelque chose.

Plus vous êtes Reiki, moins il y a à réparer. Moins vous réparez, plus vous vous souvenez de qui vous êtes.

Et lorsque ce souvenir revient, il n'y a plus de séparation, plus d'objectif, plus de guérisseur, plus de guéri.

Juste la présence. Juste la paix. Juste la lumière sans source.

Être Reiki, c'est incarner le principe du gourou : rayonner plutôt qu'enseigner. C'est la méthode de Shiva :

Aucune interférence.

Pas de contrôle.

Pas de commentaire.

Seule une conscience pure et spontanée, reposant en elle-même.

Et dans cet espace, le karma perd son emprise. Il ne reste plus rien à quoi s'accrocher. Il ne reste aucune trace. C'est la liberté, non pas philosophique, mais incarnée. En vérité, le Reiki n'est pas un chemin pour guérir les autres. C'est un chemin pour dissoudre le moi qui voulait guérir. Ce n'est pas une technique de lumière, mais un abandon à la source de toute lumière. Plus vous êtes Reiki, moins vous avez à faire.

Moins vous faites, plus le Guru tattva, l’essence du Guru, se révèle. Et lorsque Shiva brille en vous, il n'y a plus de disciple, plus de guérisseur, plus d'objectif.

Seulement la présence.

Seulement la paix.